L'alcool au féminin, toute honte bue

Maryline témoigne courageusement de la honte dans laquelle vivent les femmes malades de l'alcool. Faute d'oser en parler, celles-ci ne reçoivent pas l'aide et les soins dont elles ont besoin.

 

 

 

Maryline ne se déclare pas guérie de l'alcoolisme. Après six ans sans une goutte d'alcool, elle préfère se dire "guérie dans l'abstinence".

Si ses amis de l'association VIE LIBRE l'appellent "la féministe", c'est parce qu'aujourd'hui Maryline s'est fixé pour but d'accompagner les femmes malades de l'alcool, de les aider à sortir de l'enfer où elles vivent. Cet enfer, elle le connait dans ses moindres détails.

Pendant dix ans, elle a connu l'alcoolisme. C'est -à-dire la honte, les cachettes, le besoin irrépressible d'avoir sa dose l'alcool pour affronter la journée qui commence. Et aussi l'échec de la première cure.

"Pendant longtemps, j'ai détesté l'alcool car il était très présent à la maison. Mon père, que j'adorais, était alcoolique et il m'est arrivé plus d'une fois d'allez le chercher au bar. A la maison, l'alcool était présent et tout était prétexte à arroser".

Ayant eu la chance de faire des études et d'être reçue à un concours administratif, la jeune femme, âgée de 20 ans et mère d'un petit garçon, quitte la ville où elle est née pour rejoindre son premier poste à Paris.

"Je me suis très bien intégrée grâce à un accueil chaleureux et des collègues adorables. Mais c'est là que j'ai découvert l'alcool festif : celui des pots de fin de réunions, celui où l'on se sent bien après un ou deux verres. Mais je n'étais absolument pas encore dans l'alcoolisation régulière".

Revenue dans sa ville, Maryline va subir deux chocs coup sur coup. La mort de son père et la maladie de son plus jeune fils."C'était en 1997, l'année où tout a commencé. Je me suis mise à boire régulièrement au retour du travail. Il me fallait une certaine dose d'alcool pour commencer à me sentir bien. Mais je ne buvais jamais en dehors de la maison et je ne voulais surtout pas que cela se sache.

Donc j'ai caché tant que j'ai pu. Ceux qui n'ont pas vécu cet enfer n'imaginent pas à quelles ruses peuvent avoir recours les femmes qui souffrent de cette maladie.

Contrairement aux hommes, les femmes cachent leur maladie. Elles ont honte car le regard posé par la société sur la femme qui s'alcoolise est sans indulgence. J'en sais quelque chose puisque j'ai vécu très douloureusement le regard de mes collègues de travail lorsqu'ils ont compris ce qui m'arrivait.

En 2000, Maryline ne peut plus travailler, la vie est devenue un enfer pour ses proches et elle réalise qu'il faut mettre un terme à l'engrenage infernal.

"J'ai commencé à m'arrêter de temps en temps mais à chaque fois je replongeais. Hospitalisée pour une cure de désintoxication j'ai été traitée pour la dépression et je me suis mise à vivre dans le mélange médicaments-alcool avec un seul but : fuir la réalité".

Comme le décès de son père a été à l'origine de sa fuite en avant, c'est la mort de son frère qui sera le déclic pour se libérer de l'alcool.

"Lui aussi avait sombré dans l'alcool et sur le point de mourir, il m'a fait passer un message. Ce que je sais aujourd'hui après avoir rencontré pas mal de malades de l'alcool dans le cadre du bénévolat, c'est que sans ce déclic on s'en sort pas. Même si l'on y est incité par ses proches. La décision doit venir de soi. Et même à partir de ce moment ce n'est pas facile car l'alcool est partout".

Maryline se souvient d'être sortie de cure un 24 décembre. Arrivée à la maison, la table était pleine de bouteilles. "Mes proches me proposaient un verre parce qu'à leurs yeux, je rentrais guérie. C'était horrible ! Il faut faire attention à ce que l'on dit aux malades parce qu'ils ne sont guéris que dans l'abstinence. Pendant longtemps c'est très difficile de lutter contre ses envies".

Aujourd'hui encore, l'alcool fait peur à Maryline. Et c'est parce qu'elle sait à quel point c'est difficile qu'elle s'est lancée dans le bénévolat pour aller à la rencontre des malades de l'alcool. "Me sentir utile et aider les autres, c'est aussi ce qui m'aide à vivre".



04/04/2012
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